Interview avec « Marseille à la Loupe »

Le Mistralien interview : 

Mathieu Grapeloup de « Marseille à la Loupe »

Marseille à la loupe est une initiative citoyenne qui vous permet de suivre au jour le jour l’avancée des projets urbains qui transforment la ville et font le Marseille de demain. Architecture, urbanisme, aménagement du territoire, problèmes du quotidien, tous ces sujets passent sous l’objectif de Marseille à la loupe qui les transforment en images pour en débattre avec l’ensemble des citoyens

???????????????????????????????

Le Mistralien : Bonjour Mathieu ! Pourrais-tu te présenter aux lecteurs du Mistralien et nous dire en quelques mots ton parcours personnel ? 

Mathieu Grapeloup : Bonjour ! C’est toujours un plaisir pour moi de parler de Marseille et des émotions que cette ville déclenche en moi. Je suis né à Roanne, près de Lyon, mais je vis à Marseille depuis bientôt 4 ans. J’ai fait des études de relations internationales et j’ai eu la chance immense de voyager. J’ai vécu dans des grandes villes comme Madrid, Toronto et Boston. Ces villes m’ont toutes séduit mais c’est de Marseille que je suis tombé amoureux. Pour moi, cette ville est un diamant brut qu’on a oublié de tailler.

Photo de profil 1

Le Mistralien : Explique nous ce qu’est le concept de « Marseille à la Loupe » ?

Mathieu Grapeloup : L’idée derrière Marseille à la loupe, c’est de suivre jour après jour l’avancée des projets urbains qui transforment la ville. Tous les weekends, je parcours les rues avec mon appareil photo pour saisir des clichés des chantiers en cours et les transformer en actualité sur ma page Facebook. Une photo publiée correspond généralement à une actualité. Ensuite, ce sont les abonnés de la page qui font le reste du travail en commentant et partageant des informations. Marseille à la loupe est un peu devenu un forum de discussion pour les amoureux de la ville et surtout pour ceux qui veulent la tirer vers le haut.

Le Mistralien : Raconte nous la création de « Marseille à la Loupe ». Quand, comment et pourquoi as tu eu l’idée de lancer ce projet ? 

Mathieu Grapeloup : J’ai lancé la page en novembre 2012. Quand je marche en ville, rien ne me laisse indifférent. Je suis tantôt époustouflé par la beauté du paysage et du patrimoine et tantôt agacé par la saleté et l’omniprésence de la voiture. Je me dis que si on aménageait Marseille en bonne intelligence, on pourrait avoir un cadre de vie exceptionnelle et rendre notre ville inégalable sur le plan de l’attractivité. Ensuite, tout suivrait. Mais pour ça, il faut une vision et des bonnes volontés de la part des élus aux manettes. Modestement, à mon échelle, j’essaye de conscientiser les Marseillais sur le potentiel de leur ville.

Le Mistralien : Concrètement au quotidien comment se passe ton travail pour « Marseille à la Loupe » ? C’est quoi ta journée type ?  

Mathieu Grapeloup : En général, j’essaye de prendre deux à trois heures sur mes weekends pour faire de nouvelles photos dans l’hyper centre de Marseille. On me reproche parfois de ne pas aller assez au nord et au sud mais la ville est immense et je suis tout seul et bénévole. Pas facile de tout couvrir. Je mets ensuite une heure à ranger mes photos dans mes albums classés par chantier et j’établis la liste des prochaines publications. Publier une photo me prend 5 minutes par jour (à raison de 5 à 6 publications par semaine) mais je peux parfois passer des heures le soir à suivre les commentaires et à essayer de répondre à tout le monde en temps réel.

Le Mistralien : Si tu devais conseiller à quelqu’un découvrant Marseille pour la première fois d’aller voir 3 lieux, lesquels serait-ce et pourquoi ?

Mathieu Grapeloup : Je leur dirais d’aller au MuCEM, au Vallon des Auffes et dans la calanque de Sugiton. Le MuCEM parce que c’est un bijou architectural qui mêle modernisme et patrimoine. Le tout avec une vue exceptionnelle sur l’entrée du port. Le Vallon des Auffes parce que c’est mon spot coup de cœur. C’est une immersion dans le Marseille authentique. Sugiton parce que, Marseille, c’est aussi ça : un cadre naturel à couper le souffle. Une situation géographique unique au monde.

1891127_717337948300984_917717856_n998167_592181367483310_1537079210_n

Le Mistralien : Pour « Marseille à la Loupe » tu te rends dans un peu toute la ville, tu dois voir de très belles choses (comme celles que tu décris un paragraphe plus haut) mais aussi d’autres moins reluisantes, raconte nous les pires choses que tu as pu voir en ville ?

Mathieu Grapeloup : Pour moi qui ne suis pas né ici, le plus déconcertant est l’anarchie ambiante. On a le sentiment parfois que l’incivisme est impuni ici. On se gare sur les trottoirs, on sort les poubelles des magasins à n’importe quelle heure, on jette ses canettes de soda dans la rue, on arrache les potelets… Si ces nuisances du quotidien étaient réduites, Marseille serait une ville beaucoup plus agréable encore et beaucoup plus attractive.

377590_525895790778535_1610301597_n

Le Mistralien : Aurais tu une petite anecdote à nous faire partager ? Quelque chose d’étonnant, de choquant ou d’amusant que tu as eu l’occasion de voir lors d’une de tes aventures photographiques ?

Mathieu Grapeloup : La chose la plus ahurissante que j’ai pu voir en ville, ce sont des voies de circulation qui se transforment intégralement en file de stationnement. On ne voit ça qu’à Marseille. Et ici, c’est très courant sur certaines artères. Là je me dis, il y a un problème. On pourrait aménager ces axes urbains différemment.

Le Mistralien : Parlons un peu de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire de la ville :  selon toi quels sont les points faibles de Marseille ?

Mathieu Grapeloup : Le point faible de Marseille, c’est clairement la politique du tout-voiture qui a prévalu pendant des décennies. Notre ville manque d’espaces purement piétons et végétalisés pour respirer, même si on rattrape peu à peu notre retard. Le centre historique en particulier a besoin d’un bon lifting avec un recul plus net de la place de la voiture dans ses axes commerçants. On ne peut pas attirer les investisseurs et les classes moyennes dans une ville où le centre ville donne l’impression d’avoir été complètement abandonné par les autorités. Les transports en commun, et tout est lié bien sûr, sont l’autre point faible de la cité phocéenne. Deux lignes de métro et deux lignes de tramway, ce n’est pas suffisant pour une ville qui est grande comme deux fois et demi Paris. Il faut renforcer le maillage du réseau au nord et au sud. Ainsi, on proposera une vraie alternative aux automobilistes qui vivent dans des zones enclavées. Et il faut absolument développer le vélo. C’est un moyen de circuler agréable et non-polluant. Marseille a pris beaucoup de retard en termes de pistes cyclables.

Le Mistralien : Et ses points forts ?

Mathieu Grapeloup : Ils sont nombreux : un cadre historique et naturel exceptionnel, 2600 ans d’histoire, 300 jours de soleil par an, des quartiers aux allures de villages, la mer, le multiculturalisme, les liens forts avec le reste de la Méditerranée… Marseille, c’est un nom qui résonne de façon particulière dans l’esprit des gens. Cette ville ne peut pas laisser indifférent, c’est impossible. Et ça, c’est son plus grand atout. Parce qu’il n’y a rien de pire que l’indifférence.

1017344_580229075345206_291221972_n Le Mistralien : « Marseille à la Loupe » en parle beaucoup car c’est un enjeu majeur pour notre ville : quel est ton avis sur la gestion de l’espace public à Marseille ? Que reproches-tu actuellement aux pouvoirs publics et quelles seraient selon toi les solutions et méthodes d’organisation pour améliorer la situation ?

Mathieu Grapeloup : Je ne suis pas spécialiste en aménagement du territoire donc j’ai peu de leçons à donner. Mais en tant que citoyen qui pratique la ville au quotidien, je souhaiterais qu’un aménagement plus cohérent soit mis en œuvre. Les pistes cyclables qui finissent dans les cabines téléphoniques, c’est drôle mais c’est agaçant. Par ailleurs, le tramway rue de Rome n’était pas une priorité puisqu’il suit deux lignes de métro. On aurait pu rendre la rue entièrement piétonne comme la rue Saint Fé et faire partir le tramway de Castellane ou du Rond Point du Prado en le connectant au métro. On n’a pas beaucoup d’argent à investir alors autant l’investir comme il faut.

Le Mistralien : Si tu pouvais choisir de résoudre les 3 principaux problèmes d’urbanisme/aménagement du territoire les plus urgents, lesquels seraient-ils ?

Mathieu Grapeloup : J’accélèrerais la piétonnisation du centre ville pour créer un espace de déambulation agréable digne d’une grande ville européenne.  Je renforcerais la présence de pistes cyclables bien pensées pour encourager les Marseillais à circuler en vélo. Et enfin, je ferais tout pour négocier des prix de parkings souterrains moins onéreux. La voiture a vocation à être en sous-sol mais il faut que ce soit abordable. Les prix pratiqués actuellement sont scandaleux et n’incitent pas les Marseillais à faire ce choix.

Le Mistralien : Quel est ton avis sur les collectifs et initiatives citoyennes qui émergent de plus en plus à Marseille ? Quel rôle pense tu qu’ils ont à jouer dans le débat public de la cité phocéenne ?

Mathieu Grapeloup : La création d’un collectif, quel que soit son projet, est a priori une bonne nouvelle. Ça veut dire que des citoyens ont fait le diagnostique d’un problème et qu’ils souhaitent réfléchir à des solutions avec le reste de la société civile et les élus. On a besoin de toutes les énergies pour transformer Marseille. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a énormément d’énergies positives qui émergent, je trouve. Quelque chose est en train de se passer.

Le Mistralien : Pour toi quels sont les projets/chantiers à suivre de près dans la ville ? 

Mathieu Grapeloup : En ce moment, je suis avec beaucoup d’intérêt les Docks qui vont être un nouveau lieu de vie exceptionnel pour le quartier de la Joliette en 2015. Ils inventent le Marseille de demain. Je suis également impatient que les phases 2 et 3 de la transformation du Vieux-Port débutent. Le Vieux-Port est le cœur battant de la ville. Le magnifier ne peut être que positif. L’acte 2 d’Euroméditerranée avec le Parc des Aygalades et la Corniche Nord me fait également rêver…

3d092f339b Projet-Vieux-Port-2020-glacis-paysagé-végétal

Le Mistralien : Comment vois-tu l’avenir de Marseille ? Es tu plutôt optimiste ou pessimiste ?

Mathieu Grapeloup : Je suis optimiste. On part de très bas en termes de qualité d’aménagement mais on ne peut que faire mieux maintenant. La métamorphose va être longue mais quand elle sera achevée, aucune autre ville en France ne sera plus agréable que Marseille.

Le Mistralien : As tu prévu des évolutions pour « Marseille à la Loupe », si oui quelles sont elles ? Et dernière question : as tu d’autres projets dans le futur concernant Marseille et/ou la Provence ?

Mathieu Grapeloup : J’ai commencé à réfléchir à un site web interactif qui permettrait aux Marseillais d’ajouter leurs propres photos prises à travers la ville. Mais je n’ai pas les compétences pour le faire. Cela demanderait un petit investissement. Peut-être à travers une opération de crowdfunding si les gens sont intéressés par le projet ?

Le Mistralien : Le mot de la fin que tu souhaites adresser aux lecteurs du Mistralien ?

Mathieu Grapeloup : J’ai envie de leur dire qu’il faut croire en Marseille et son potentiel immense. Et s’ils y croient comme moi j’y crois, il faut qu’ils soient acteurs du renouveau de leur ville. Il y a tellement à faire. C’est très excitant de vivre ici.

Pour voir plus de photos prises par Mathieu Grapeloup et suivre l’avancement des projets et chantiers de la cité phocéenne n’hésitez pas à vous rendre sur la page Facebook de Marseille à la Loupe : www.facebook.com/marseillealaloupe

Publicités