Interview avec le collectif « Brouettes et Compagnie »

Le Mistralien interview : 

Anne Pfister de « Brouettes et Compagnie »

Brouettes et Compagnie est un collectif citoyen qui milite pour une amélioration du cadre de vie du quartier de la Belle de Mai à travers des actions et initiatives favorisant les rencontres entre habitants et le renforcement du lien social en partageant de bons moments aussi conviviaux que participatifs.

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Le Mistralien : Bonjour Anne, avant tout je te remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions ! Pourrais-tu te présenter aux lecteurs du Mistralien et nous en dire plus sur ton parcours personnel ?

Anne Pfister : Bonjour, je m’appelle Anne Pfister et je vis avec mon compagnon et ma fille, dans le quartier de la Belle de mai depuis 15 ans. Je travaille au centre financier de La Banque Postale situé dans le troisième arrondissement. Avant mon entrée à La Poste, j’ai étudié aux Beaux Arts dans l’est de la France, puis travaillé plusieurs années dans l’animation socio-culturelle.

Quand je suis arrivée à la Belle de mai, ce quartier était déjà dans un état d’abandon et faute de ne pouvoir faire de comparaison avec « avant », je n’y ai vu que son potentiel. Etant de nature positive, j’y apprécie pleinement tous ses atouts : commerces et artisans de proximité, noyau villageois, convivialité et solidarité, dynamisme associatif, situation géographique stratégique…etc.

Le Mistralien : Explique nous, si tu veux bien, ce qu’est le collectif « Brouettes et Compagnie » ?

Anne Pfister : Le collectif « Brouettes et compagnie » est un groupe d’habitants se définissant comme « anarchiquement cohérents » ou encore « parasites vertueux ». Le collectif est ouvert à tous, librement, sans adhésion et avec un investissement choisi selon ses disponibilités, ses envies et son niveau d’enthousiasme.

Depuis 2008, Brouettes et Cie milite pour une amélioration du cadre de vie du quartier de la Belle de mai. Il privilégie et dynamise le lien social en tissant une toile de convivialité à travers des actions telles que le troc de livres, des aménagements d’espaces urbains, des balades à thèmes, des partages de recettes d’habitants et, plus généralement, des moments festifs et participatifs.

Ce qui nous réunit, c’est notre envie d’agir au lieu de subir, de construire au lieu de râler, de partager, de lutter, d’inventer pour notre quartier.

campagne belle navette

Le Mistralien : Raconte nous la création de « Brouettes et Compagnie ». Quand, comment et pourquoi avez vous eu l’idée de créer ce collectif ?

Anne Pfister : En 2007 et 2008, « Radio Grenouille » a proposé dans le cadre de son projet BLOG 2.013 à des habitants volontaires de la Belle de Mai de se réunir pour proposer une manière de raconter, de mettre en discussion et pourquoi pas d’agir au sein de leur quartier. Avec l’aide de l’association « En italiques », s’en est suivie une année passionnante de rencontres, de balades, d’écritures et d’expérimentations collectives, racontées par chacun sur le blog 3ème art. Puis, petit à petit, le groupe d’habitants s’est émancipé de cette proposition pour créer sa propre démarche militante avec la création du collectif « brouettes et compagnie ».

Le Mistralien : Concrètement au quotidien quels sont les évènements/actions/initiatives que réalise « Brouettes et Compagnie » ?

Anne Pfister : Nous sommes des bénévoles et nous ne percevons aucune subvention ; nous agissons donc en fonction de nos disponibilités et de nos moyens (dons, récup..) ; c’est pourquoi, nos actions ne sont pas quotidiennes mais plutôt au gré des propositions des membres du groupe. Par exemple, quelqu’un propose : « et si on organisait une rencontre avec tel auteur en résidence à la Friche et des habitants au sein du quartier ? » Si un nombre suffisant de « brouettes » sont enthousiastes, on se distribue les tâches en fonction des envies de chacun et on fonce. Si il n’y a pas assez de monde intéressé ou disponible, on laisse tomber ou on reporte…Une action s’épanouira en fonction du niveau d’enthousiasme collectif… Pour l’exemple cité plus haut, il nous faudra également tricoter des partenariats avec le tissu associatif du quartier, qui est très riche et accueille toujours nos initiatives de façon bienveillante.

En ce moment, nous sommes sur plusieurs projets ; un webdoc sur le quartier, des mini-clips vidéos sur un livre/un habitant, un palmier à palabres ambulant, participation aux « 24H de l’architecture » qui aura lieu à la friche en octobre 2014 (préparation de balades à thèmes), participation au webdoc « héros de Marseille »….

Le Mistralien : Justement à propos de vos initiatives, pourrais tu nous en dire plus sur les deux premières actions de « Brouettes et Compagnie » concernant les transports et l’accès à la lecture pour tous à la Belle de Mai ?

Anne Pfister : Pour ce qui est des actions autour du livre, il est très important de comprendre que notre démarche de mise en place d’un troc de livres dans le quartier, ne souhaite en aucun cas se substituer au devoir des pouvoirs public de faciliter l’accès à la lecture, mais bien de pointer cette carence. La Belle de Mai manque cruellement d’un accès direct à la lecture. En effet, le 3e arrondissement de Marseille, qui compte environ 45 000 habitants, ne dispose d’aucune bibliothèque municipale de proximité.

Echanger des livres dans les brouettes est bien une action revendicative avant tout. Nous constatons malheureusement constamment ce besoin criant, particulièrement pour les enfants et les jeunes, lors de nos déambulations en brouettes. Pour ce qui est du troc de livres, vous trouverez tous les renseignements dans notre blog : http://brouettesetcompagnie.wordpress.com.

public à la brouette

La campagne pour « La belle Navette », transport de nuit, a été proposée par Lisa et nous a tout de suite enthousiasmés car elle répondait à un besoin exprimé par les habitants de la Belle de Mai confrontés quotidiennement aux problèmes de transport dans leur quartier, en particulier en soirée. Nous avons proposé aux pouvoirs publics une idée « clef en main » qui s’appuie sur le réseau de transport existant : une liaison entre la Belle de Mai (place Cadenat) et le centre ville de Marseille (arrêt tram Longchamp) tous les soirs de la semaine. Cette initiative, lancée en novembre 2011 sur le site de la Belle Navette : http://labellenavette.wordpress.com a récolté ses fruits car après un an de campagne et plus de 1000 signatures récoltées en ligne ou sur papier, une nouvelle ligne de bus de nuit a été créée pour desservir la Friche Belle de Mai au départ du Centre Bourse pour rejoindre le tram à Longchamps en passant sous le tunnel Bénédit. Même si on est loin de notre demande de navette électrique, accessible et à desserte locale, un transport de nuit supplémentaire existe bien aujourd’hui !

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Le Mistralien : Aurais tu une petite anecdote à nous raconter ? Quelque chose d’étonnant, de choquant ou d’amusant que tu as eu l’occasion de voir lors d’une de vos actions ou initiatives citoyennes à la Belle de Mai ?

Anne Pfister : Choquant : un papa qui nous dit, alors que l’on informe ses enfants des séances de cinéma gratuites au Gyptis : « si ils vont au cinéma, je leur casse la tête » !

Etonnant : les élections municipales dans notre secteur qui nous offrent la même équipe municipale mais avec une couleur politique différente !

Amusant : Certains parlent de boboïsation du quartier en voyant s’installer de nouveaux habitants. J’aime préciser qu’il n’y a pas de bobos (bourgeois-bohèmes) dans notre quartier, aussi je les appelle les « probos » car leur pouvoir d’achat en fait plutôt des prolétaires-bohèmes…

Le Mistralien : Beaucoup de gens ne connaissent de la Belle de Mai que son nom, pourrais tu nous en dire plus sur ce quartier ? Quel est son histoire et l’évolution qu’il a connu jusqu’à nos jours ?

Anne Pfister : Personnellement, je m’intéresse plus au devenir de ce quartier qu’à son histoire et je crois à sa valeur et à sa future véritable place dans la ville de Marseille. Vous trouverez quelques renseignements historiques sur le site de la friche de la belle de mai qui, depuis quelques années, a fait un effort visible d’ouverture vers le quartier : http://www.lafriche.org/content/le-quartier-de-la-belle-de-mai

Le Mistralien : En tant qu’habitants du quartier et citoyens engagés les membres de « Brouettes et Compagnie » doivent particulièrement bien connaitre la situation de la Belle de Mai, pourrais tu nous dire de quoi le quartier a-t-il le plus besoin ?

Anne Pfister : Nous pensons qu’il faut miser sur la jeunesse et malheureusement les carences sont énormes dans ce domaine : écoles publiques surchargées, manque de structures péri-scolaires, d’espaces sportifs de proximité, de crèches, d’actions de prévention de la délinquance, de propositions de formations et de réinsertion pour les jeunes sortis du système scolaire…. Certains d’entre nous se sont engagés dans une démarche citoyenne plus politique et vous pouvez trouver les détails de notre diagnostic et de nos propositions pour notre quartier dans le blog : http://citoyensdu3.wordpress.com/, conçu comme un espace de démocratie locale

Le Mistralien : Si la Belle de Mai manque effectivement d’investissement public c’est aussi et avant tout un quartier plein d’énergies, de talents et de ressources auxquelles la plupart de ses habitants sont profondément attachés, pour quelqu’un qui découvre le quartier pour la première fois quels sont les lieux que tu lui conseillerais d’aller voir ? Et deuxième question quelles sont selon toi les meilleures initiatives citoyennes/associatives/évènementielles qui sont nées à la Belle de Mai ces dernières années ?

Anne Pfister : Les lieux à découvrir figurent également dans notre blog à travers lequel nous essayons de mettre en valeur cette richesse. Parmi ceux-ci, citons le restaurant « Rouge Belle de mai », le comptoir de la Victorine et ses nombreuses et dynamiques associations, la « cantine du midi », « l’Embobineuse », « Méta 2 », le théatre des « Bancs publics »…..et bien sur la Friche de la Belle de mai. Le quartier compte également nombre d’artistes et artisans qui méritent le détour. Si mon coup de cœur est pour Sandrine Hennequin, vitrailliste, tant pour son admirable travail que pour sa personnalité, je vous invite à visiter leurs sites respectifs dans le blog des brouettes.

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Parmi les nombreuses initiatives citoyennes ou associatives de ces dernières années, je retiendrai de façon complètement personnelle et subjective : le tunning d’appartement et les meubles en hyper-bouture de l’association « les Pas Perdus », les délices de la cuisine ordinaire de l’association « l’Art de vivre », le travail de la télévision participative du troisième, Préavis de désordre urbain (Redplexus, La Friche), L’attentat écologique de « la bonne étoile » et ses voisins, l’opération « cartable pour le congo »,les soirées astronomie organisées par les profs du collège….en fait, il y en a trop que j’ai trouvé géniales!

Le Mistralien : La Belle de Mai est placée à un emplacement stratégique de la ville, située juste au pied de la Gare St Charles et aux portes d’Euroméditérranée, nul doute qu’à l’avenir de nombreux projets et rénovations urbaines attendent ce quartier. Ma question est la suivante : Selon « Brouettes et Compagnie » comment faire pour prendre le meilleur de ses futurs investissements, je pense principalement au fait de doter le quartier des infrastructures publiques manquantes (par exemple en améliorant les transports en commun ou bien en installant une bibliothèque municipale) et de favoriser la mixité sociale tout en évitant les effets négatifs qui peuvent découler de toutes opérations urbaines de ce type à savoir une gentrification excessive du quartier qui risquerait d’exclure les classes populaires de la Belle de Mai ?

Anne Pfister : Pour moi, et selon d’autres brouettes aussi je pense, la bonne recette pourrait être celle de la reconnaissance de la maitrise d’usage au même niveau que la maitrise d’œuvre et d’ouvrage.

L’expertise du citoyen doit être prise en compte en amont de tout projet urbanistique et tout au long de sa réalisation. Je pense que la belle de mai, historiquement rebelle et communiste, et ses irréductibles habitants sont en capacité de faire entendre leur voix et d’imposer leur participation active dans les futurs projets.

Le Mistralien : La Belle de Mai est un quartier populaire historique de Marseille avec une forte tradition ouvrière, à côté de cette réalité sociologique de nouveaux lieux et types d’activités apparaissent et se développent de plus en plus à la Belle de Mai, je pense par exemple à la Friche de la Belle de Mai qui est un symbole du renouvellement urbain dans le quartier mais aussi à certains projets comme la Caserne du Muy ou le futur village de vacances en cours de construction qui remplacera l’ancienne maternité. Comment faire pour faire cohabiter des profils de personnes et des usages du territoire si différents ? De quelle façon peut on lier des passerelles entre la Belle de Mai « historique » et le « nouveau » quartier qui est en train, lentement mais sûrement, de sortir de terre, comment y associer pleinement les habitants pour que ce changement s’effectue en incluant tout le monde sans laisser personne au bord de la route ?

Anne Pfister : Concernant le projet de village vacances à la maternité, nous contestons l’opportunité de cette décision qui n’a donné lieu à aucune concertation, ni même information en amont. Privatiser cet espace public constitue une confiscation abusive et inadaptée compte tenu des besoins criants en locaux à vocation publique dont manque cruellement le quartier (crèche, écoles, espaces sportifs et péri-scolaires…). La proximité de la Friche pourrait permettre à ces 19500 m2 de devenir un projet exemplaire au bénéfice des habitants et non de futurs touristes.

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Pour le devenir de la caserne du Muy, le projet appelé « Quartier libre, St Charles-Belle de mai », fait actuellement l’objet d’une concertation mené par le cabinet « Respublica » mandaté par la ville de Marseille. Il semblerait que cette démarche innovante à Marseille, souhaite prendre en compte la voix des acteurs locaux et institutionnels afin de faire émerger leurs besoins. Cette consultation commencée en juillet se terminera fin 2014. Voir les détails ici : http://citoyensdu3.wordpress.com/2014/07/02/quartiers-libres/

Nous restons très prudents et revendiquons d’être présents et écoutés tout au long du projet de réaménagement des sept hectares du site des casernes, élargi aux 140 hectares concernés du quartier.

Quant à La Friche de la Belle de mai, elle a réalisé un réel effort d’ouverture sur le quartier avec beaucoup d’activités accessibles et gratuites et poursuit dans cette voie avec, à la rentrée l’ouverture du cinéma de quartier « le Gyptis » qui sera un peu son avant-poste au cœur de la belle de mai.

(J’ai réalisé quelques photomontages évoquant les sujets d’actualité du quartier, à voir dans mon blog : http://fotofatras.wordpress.com/)

Le Mistralien : Comment vois tu l’avenir du quartier de la Belle de Mai et plus largement de l’ensemble du 3ème arrondissement ? Es tu plutôt optimiste ou pessimiste ?

Anne Pfister : Je suis bien sur optimiste, et persuadée sur le devenir de la Belle de mai qui possède toutes les qualités pour réussir une reconversion. Je connais moins les autres secteurs du troisième exceptée la butte St Mauront qui me semble bénéficier d’un énorme potentiel et qui mériterait un projet particulier.

Le Mistralien : Quel est ton avis sur les différents collectifs et initiatives citoyennes qui émergent de plus en plus à Marseille ? Quel rôle penses tu qu’ils ont à jouer dans le débat public Marseillais ?

Anne Pfister : On ne peut plus fermer les yeux sur le pouvoir grandissant des citoyens organisés. Mais cela fait peur à nos élus, alors qu ils devraient y voir une opportunité de travailler autrement, plus efficacement et en évitant du gaspillage de fonds publics. Aux dernières élections municipales, le succès des listes citoyennes au niveau national a été étouffé par les médias : Tout est fait pour que ce phénomène important ne soit pas pris en compte. Aucune comptabilité n’est dressée de ces listes qui sont généralement classées divers droites et divers gauches rendant bien évidemment impossible une vue d’ensemble. Parmi les 40 listes que présentait ou soutenait le Rassemblement citoyen, cinq d’entre elles ont été élues au premier tour dont deux villes de plus de 5.000 habitants. Certaines ont réalisé des scores supérieurs à 10% comme à Pessac (50.000 habitants) et surtout à Angers, 17% ou encore le score remarquable de 22% de la liste de Montpellier au premier tour. Chacun d’entre nous doit travailler à valoriser cette ouverture de la société civile sur le politique, qui constitue sans doute, le début d’une nouvelle démocratie. Marseille a particulièrement besoin de cet autre regard même et peut être surtout, s’il vient de marseillais d’adoption.

Le Mistralien : Selon toi, quels sont les sujets importants pour l’avenir de la Belle de Mai qui devraient ou sont déjà mis en œuvre et qu’il faudrait suivre de prés ?

Anne Pfister : Comme cité plus haut, le projet « Quartiers libres, St Charles-Belle de mai » est à suivre de très près. Mais il faut surtout continuer la lutte pour les urgences du quartier : surpopulation dans les écoles (310 élèves sans affectation à la rentrée), emploi des jeunes, manque de crèches, d’équipements, d’espaces verts….

Il y a également la réhabilitation du comptoir de la Victorine qui attend le démarrage des travaux. Les habitants du quartier sont très vigilants car déjà en 2006, le site avait été menaçé. Le Comptoir Toussaint-Victorine est un lieu pluridisciplinaire situé entre la belle de mai et St Mauront abritant des entreprises, des artisans, des équipes artistiques et des structures socioculturelles. Depuis 2008, date de son rachat par la Ville de Marseille, aucun des travaux d’entretien et de mise aux normes promis n’ont été réalisés, entravant le développement des activités des locataires, privant les habitants du quartier d’un espace culturel et social de proximité, et laissant pourrir les locaux dans le but soupçonné de les vendre à des promoteurs .

Le Mistralien : Qu’avez vous prévu comme projets pour Brouettes et Compagnie en 2014/2015 ?

Anne Pfister : Vous aurez compris que certains d’entre nous vont continuer à militer pour la reconnaissance de la maitrise d’usage. Toutefois, notre motivation principale étant basé sur le plaisir de chacun des membres de « Brouettes et compagnie », nous continuerons à organiser des rencontres conviviales pour créer encore plus de lien social. Les autres projets en cours ont déjà été évoqués plus haut avec des vidéos pour revaloriser le quartier et des créations d’espaces de convivialité et de réappropriation de l’espace public par les habitants.

Le Mistralien : Le mot de la fin que tu souhaites adresser aux lecteurs du Mistralien ?

Anne Pfister : Arrêtez de râler, agissez ! Il faut absolument que les élus sachent que les citoyens sont réveillés et ne les laisseront pas faire n’importe quoi. Soyez acteur de l’amélioration de votre environnement même si ce n’est qu’en disposant une plante sur votre balcon…Chaque petit geste est important. Parlez avec vos voisins, partagez…à plusieurs, on est plus fort, plus créatifs, plus efficace, plus crédible.

Pour suivre l’actualité du collectif Brouettes et Compagnie et découvrir leurs nouvelles initiatives n’hésitez pas à vous rendre sur leur site web : www.brouettesetcompagnie.wordpress.com 

Interview avec « Marseille à la Loupe »

Le Mistralien interview : 

Mathieu Grapeloup de « Marseille à la Loupe »

Marseille à la loupe est une initiative citoyenne qui vous permet de suivre au jour le jour l’avancée des projets urbains qui transforment la ville et font le Marseille de demain. Architecture, urbanisme, aménagement du territoire, problèmes du quotidien, tous ces sujets passent sous l’objectif de Marseille à la loupe qui les transforment en images pour en débattre avec l’ensemble des citoyens

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Le Mistralien : Bonjour Mathieu ! Pourrais-tu te présenter aux lecteurs du Mistralien et nous dire en quelques mots ton parcours personnel ? 

Mathieu Grapeloup : Bonjour ! C’est toujours un plaisir pour moi de parler de Marseille et des émotions que cette ville déclenche en moi. Je suis né à Roanne, près de Lyon, mais je vis à Marseille depuis bientôt 4 ans. J’ai fait des études de relations internationales et j’ai eu la chance immense de voyager. J’ai vécu dans des grandes villes comme Madrid, Toronto et Boston. Ces villes m’ont toutes séduit mais c’est de Marseille que je suis tombé amoureux. Pour moi, cette ville est un diamant brut qu’on a oublié de tailler.

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Le Mistralien : Explique nous ce qu’est le concept de « Marseille à la Loupe » ?

Mathieu Grapeloup : L’idée derrière Marseille à la loupe, c’est de suivre jour après jour l’avancée des projets urbains qui transforment la ville. Tous les weekends, je parcours les rues avec mon appareil photo pour saisir des clichés des chantiers en cours et les transformer en actualité sur ma page Facebook. Une photo publiée correspond généralement à une actualité. Ensuite, ce sont les abonnés de la page qui font le reste du travail en commentant et partageant des informations. Marseille à la loupe est un peu devenu un forum de discussion pour les amoureux de la ville et surtout pour ceux qui veulent la tirer vers le haut.

Le Mistralien : Raconte nous la création de « Marseille à la Loupe ». Quand, comment et pourquoi as tu eu l’idée de lancer ce projet ? 

Mathieu Grapeloup : J’ai lancé la page en novembre 2012. Quand je marche en ville, rien ne me laisse indifférent. Je suis tantôt époustouflé par la beauté du paysage et du patrimoine et tantôt agacé par la saleté et l’omniprésence de la voiture. Je me dis que si on aménageait Marseille en bonne intelligence, on pourrait avoir un cadre de vie exceptionnelle et rendre notre ville inégalable sur le plan de l’attractivité. Ensuite, tout suivrait. Mais pour ça, il faut une vision et des bonnes volontés de la part des élus aux manettes. Modestement, à mon échelle, j’essaye de conscientiser les Marseillais sur le potentiel de leur ville.

Le Mistralien : Concrètement au quotidien comment se passe ton travail pour « Marseille à la Loupe » ? C’est quoi ta journée type ?  

Mathieu Grapeloup : En général, j’essaye de prendre deux à trois heures sur mes weekends pour faire de nouvelles photos dans l’hyper centre de Marseille. On me reproche parfois de ne pas aller assez au nord et au sud mais la ville est immense et je suis tout seul et bénévole. Pas facile de tout couvrir. Je mets ensuite une heure à ranger mes photos dans mes albums classés par chantier et j’établis la liste des prochaines publications. Publier une photo me prend 5 minutes par jour (à raison de 5 à 6 publications par semaine) mais je peux parfois passer des heures le soir à suivre les commentaires et à essayer de répondre à tout le monde en temps réel.

Le Mistralien : Si tu devais conseiller à quelqu’un découvrant Marseille pour la première fois d’aller voir 3 lieux, lesquels serait-ce et pourquoi ?

Mathieu Grapeloup : Je leur dirais d’aller au MuCEM, au Vallon des Auffes et dans la calanque de Sugiton. Le MuCEM parce que c’est un bijou architectural qui mêle modernisme et patrimoine. Le tout avec une vue exceptionnelle sur l’entrée du port. Le Vallon des Auffes parce que c’est mon spot coup de cœur. C’est une immersion dans le Marseille authentique. Sugiton parce que, Marseille, c’est aussi ça : un cadre naturel à couper le souffle. Une situation géographique unique au monde.

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Le Mistralien : Pour « Marseille à la Loupe » tu te rends dans un peu toute la ville, tu dois voir de très belles choses (comme celles que tu décris un paragraphe plus haut) mais aussi d’autres moins reluisantes, raconte nous les pires choses que tu as pu voir en ville ?

Mathieu Grapeloup : Pour moi qui ne suis pas né ici, le plus déconcertant est l’anarchie ambiante. On a le sentiment parfois que l’incivisme est impuni ici. On se gare sur les trottoirs, on sort les poubelles des magasins à n’importe quelle heure, on jette ses canettes de soda dans la rue, on arrache les potelets… Si ces nuisances du quotidien étaient réduites, Marseille serait une ville beaucoup plus agréable encore et beaucoup plus attractive.

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Le Mistralien : Aurais tu une petite anecdote à nous faire partager ? Quelque chose d’étonnant, de choquant ou d’amusant que tu as eu l’occasion de voir lors d’une de tes aventures photographiques ?

Mathieu Grapeloup : La chose la plus ahurissante que j’ai pu voir en ville, ce sont des voies de circulation qui se transforment intégralement en file de stationnement. On ne voit ça qu’à Marseille. Et ici, c’est très courant sur certaines artères. Là je me dis, il y a un problème. On pourrait aménager ces axes urbains différemment.

Le Mistralien : Parlons un peu de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire de la ville :  selon toi quels sont les points faibles de Marseille ?

Mathieu Grapeloup : Le point faible de Marseille, c’est clairement la politique du tout-voiture qui a prévalu pendant des décennies. Notre ville manque d’espaces purement piétons et végétalisés pour respirer, même si on rattrape peu à peu notre retard. Le centre historique en particulier a besoin d’un bon lifting avec un recul plus net de la place de la voiture dans ses axes commerçants. On ne peut pas attirer les investisseurs et les classes moyennes dans une ville où le centre ville donne l’impression d’avoir été complètement abandonné par les autorités. Les transports en commun, et tout est lié bien sûr, sont l’autre point faible de la cité phocéenne. Deux lignes de métro et deux lignes de tramway, ce n’est pas suffisant pour une ville qui est grande comme deux fois et demi Paris. Il faut renforcer le maillage du réseau au nord et au sud. Ainsi, on proposera une vraie alternative aux automobilistes qui vivent dans des zones enclavées. Et il faut absolument développer le vélo. C’est un moyen de circuler agréable et non-polluant. Marseille a pris beaucoup de retard en termes de pistes cyclables.

Le Mistralien : Et ses points forts ?

Mathieu Grapeloup : Ils sont nombreux : un cadre historique et naturel exceptionnel, 2600 ans d’histoire, 300 jours de soleil par an, des quartiers aux allures de villages, la mer, le multiculturalisme, les liens forts avec le reste de la Méditerranée… Marseille, c’est un nom qui résonne de façon particulière dans l’esprit des gens. Cette ville ne peut pas laisser indifférent, c’est impossible. Et ça, c’est son plus grand atout. Parce qu’il n’y a rien de pire que l’indifférence.

1017344_580229075345206_291221972_n Le Mistralien : « Marseille à la Loupe » en parle beaucoup car c’est un enjeu majeur pour notre ville : quel est ton avis sur la gestion de l’espace public à Marseille ? Que reproches-tu actuellement aux pouvoirs publics et quelles seraient selon toi les solutions et méthodes d’organisation pour améliorer la situation ?

Mathieu Grapeloup : Je ne suis pas spécialiste en aménagement du territoire donc j’ai peu de leçons à donner. Mais en tant que citoyen qui pratique la ville au quotidien, je souhaiterais qu’un aménagement plus cohérent soit mis en œuvre. Les pistes cyclables qui finissent dans les cabines téléphoniques, c’est drôle mais c’est agaçant. Par ailleurs, le tramway rue de Rome n’était pas une priorité puisqu’il suit deux lignes de métro. On aurait pu rendre la rue entièrement piétonne comme la rue Saint Fé et faire partir le tramway de Castellane ou du Rond Point du Prado en le connectant au métro. On n’a pas beaucoup d’argent à investir alors autant l’investir comme il faut.

Le Mistralien : Si tu pouvais choisir de résoudre les 3 principaux problèmes d’urbanisme/aménagement du territoire les plus urgents, lesquels seraient-ils ?

Mathieu Grapeloup : J’accélèrerais la piétonnisation du centre ville pour créer un espace de déambulation agréable digne d’une grande ville européenne.  Je renforcerais la présence de pistes cyclables bien pensées pour encourager les Marseillais à circuler en vélo. Et enfin, je ferais tout pour négocier des prix de parkings souterrains moins onéreux. La voiture a vocation à être en sous-sol mais il faut que ce soit abordable. Les prix pratiqués actuellement sont scandaleux et n’incitent pas les Marseillais à faire ce choix.

Le Mistralien : Quel est ton avis sur les collectifs et initiatives citoyennes qui émergent de plus en plus à Marseille ? Quel rôle pense tu qu’ils ont à jouer dans le débat public de la cité phocéenne ?

Mathieu Grapeloup : La création d’un collectif, quel que soit son projet, est a priori une bonne nouvelle. Ça veut dire que des citoyens ont fait le diagnostique d’un problème et qu’ils souhaitent réfléchir à des solutions avec le reste de la société civile et les élus. On a besoin de toutes les énergies pour transformer Marseille. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a énormément d’énergies positives qui émergent, je trouve. Quelque chose est en train de se passer.

Le Mistralien : Pour toi quels sont les projets/chantiers à suivre de près dans la ville ? 

Mathieu Grapeloup : En ce moment, je suis avec beaucoup d’intérêt les Docks qui vont être un nouveau lieu de vie exceptionnel pour le quartier de la Joliette en 2015. Ils inventent le Marseille de demain. Je suis également impatient que les phases 2 et 3 de la transformation du Vieux-Port débutent. Le Vieux-Port est le cœur battant de la ville. Le magnifier ne peut être que positif. L’acte 2 d’Euroméditerranée avec le Parc des Aygalades et la Corniche Nord me fait également rêver…

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Le Mistralien : Comment vois-tu l’avenir de Marseille ? Es tu plutôt optimiste ou pessimiste ?

Mathieu Grapeloup : Je suis optimiste. On part de très bas en termes de qualité d’aménagement mais on ne peut que faire mieux maintenant. La métamorphose va être longue mais quand elle sera achevée, aucune autre ville en France ne sera plus agréable que Marseille.

Le Mistralien : As tu prévu des évolutions pour « Marseille à la Loupe », si oui quelles sont elles ? Et dernière question : as tu d’autres projets dans le futur concernant Marseille et/ou la Provence ?

Mathieu Grapeloup : J’ai commencé à réfléchir à un site web interactif qui permettrait aux Marseillais d’ajouter leurs propres photos prises à travers la ville. Mais je n’ai pas les compétences pour le faire. Cela demanderait un petit investissement. Peut-être à travers une opération de crowdfunding si les gens sont intéressés par le projet ?

Le Mistralien : Le mot de la fin que tu souhaites adresser aux lecteurs du Mistralien ?

Mathieu Grapeloup : J’ai envie de leur dire qu’il faut croire en Marseille et son potentiel immense. Et s’ils y croient comme moi j’y crois, il faut qu’ils soient acteurs du renouveau de leur ville. Il y a tellement à faire. C’est très excitant de vivre ici.

Pour voir plus de photos prises par Mathieu Grapeloup et suivre l’avancement des projets et chantiers de la cité phocéenne n’hésitez pas à vous rendre sur la page Facebook de Marseille à la Loupe : www.facebook.com/marseillealaloupe